livre 3 articles – 15 fĂ©vrier 2021 – n°2

Dans ce numĂ©ro, Ă©valuation fĂ©ministe quĂ©saco, apprentissage et redevabilitĂ© mĂȘme combat ? et oldiesbutgoodies, des Ă©lĂ©ments pour une sociologie de l'Ă©valuation... C'est le sommaire de ce numĂ©ro 2.

Feminist Evaluation and Research – Theory and Practice

Feminist Evaluation

Ouvrage collectif rédigé sous la direction de Sharon Brisolara1, Denise Seigart2 et Saumitra SenGupta 3, ce livre explore pourquoi et comment intégrer la pensée féministe dans la recherche appliquée et la pratique évaluative.

S‘il semble difficile, de prime abord, de concilier fĂ©minisme et Ă©valuation, la premiĂšre Ă©tant une posture militante et la seconde Ă©tant parfois prĂ©sentĂ©e comme un exercice se voulant objectif de dĂ©termination de la valeur d‘une intervention, le paradoxe n‘est qu‘apparent. En effet, il existe depuis plus de 20 ans un courant de lâ€˜Ă©valuation dite transformationnelle, dont le fĂ©minisme est une des inspirations, et qui vise Ă  contribuer Ă  la justice sociale. Deux des figures de cette approche, Donna Mertens et Jennifer Greene, contribuent d‘ailleurs Ă  l‘ouvrage.

Il ne faut pas chercher dans cet ouvrage un manuel pas-Ă -pas dâ€˜Ă©valuation. PlutĂŽt, lâ€˜Ă©valuation fĂ©ministe vise Ă  constituer un champ de connaissances thĂ©oriques et pratiques et Ă  marquer sa diffĂ©rence avec une Ă©valuation qui se contenterait d‘indicateurs sexo-diffĂ©renciĂ©s pour se proclamer sensible au genre (Donna Podems, chapitre 5). À travers les diffĂ©rents articles constituant cet ouvrage, se dessine donc une posture de lâ€˜Ă©valuateur/trice fĂ©ministe. Comment qualifier cette posture ?

D‘abord, lâ€˜Ă©valuation fĂ©ministe vise Ă  amĂ©liorer l‘action publique dans une perspective de plus grande justice sociale. Pour cela, elle prend pour point de dĂ©part les inĂ©galitĂ©s de genre, mais reconnaĂźt l‘importance de la prise en compte des autres inĂ©galitĂ©s dans l‘atteinte de ce but. Les autrices se positionnent en effet dans une perspective intersectionnelle qui considĂšre que d‘autres rapports sociaux inĂ©galitaires (racisme, classisme, homophobie, transphobie, validisme, etc.) traversent les situations et expĂ©riences diverses des femmes. Au-delĂ  d‘une attention particuliĂšre portĂ©e aux rapports sociaux de genre, lâ€˜Ă©valuation fĂ©ministe est ainsi sensible aux voix de tou·tes les opprimé·es.

Lâ€˜Ă©valuation fĂ©ministe s‘inscrit dans un Ă©cosystĂšme foisonnant d‘approches Ă©valuatives, non mutuellement exclusives, venant nourrir l‘arsenal paradigmatique dâ€˜Ă©valuateurs/trices composant des approches ad hoc pertinentes pour chacune de leurs Ă©valuations.

Il est fort probable qu‘une Ă©valuation qui s‘inspire ou est guidĂ©e par une approche fĂ©ministe intĂšgre Ă©galement d‘autres approches, qui sont dĂ©crites dans la mĂ©thodologie d‘une Ă©valuation, et n‘aboutissent pas toujours Ă  un label pour lâ€˜Ă©valuation explicitement liĂ© Ă  une approche spĂ©cifique. (Donna Podems)

Les autrices ne s‘accrochent d‘ailleurs pas au choix de l‘appellation « Ă©valuation fĂ©ministe », dont elles reconnaissent qu‘elle peut ĂȘtre difficile Ă  assumer selon la situation de lâ€˜Ă©valuateur/trice (un·e prestataire rĂ©digeant un devis Ă  destination d‘un·e commanditaire dont il/elle ne connait pas la rĂ©ception Ă  cette notion, par exemple).

Katherine Hay (chapitre 8) propose six principes permettant de guider les choix mĂ©thodologiques et pratiques des Ă©valuateurs/trices souhaitant s‘inscrire dans une dĂ©marche dâ€˜Ă©valuation fĂ©ministe. En pratique, rĂ©aliser une Ă©valuation fĂ©ministe implique de prendre en compte ces principes Ă  toutes les Ă©tapes de rĂ©alisation d‘une Ă©valuation (notre traduction).

Katherine Hay

On pourra regretter que les Ă©tudes de cas prĂ©sentĂ©es dans l‘ouvrage ne permettent pas toujours de bien saisir comment, en pratique, une Ă©valuation fĂ©ministe peut apporter une analyse plus complĂšte et avoir une portĂ©e politique plus forte qu‘une Ă©valuation plus « classique ». Mais celle proposĂ©e par Kathryn Sielbeck-Mathes et Rebecca Selove (Chapitre 6), portant sur lâ€˜Ă©valuation d‘un programme s‘adressant Ă  des personnes prĂ©sentant une co-occurrence de troubles de la santĂ© mentale et de toxicomanie dans les zones rurales des Appalaches, se rĂ©vĂšle tout de mĂȘme intĂ©ressante.

Ce programme proposait un module optionnel visant Ă  prendre en compte le rĂŽle des traumatismes vĂ©cus (abus physiques, sexuels, Ă©motionnels, grande pauvretĂ©, racisme persistant) dans la situation des participant·es. Les Ă©valuatrices ont repĂ©rĂ© que les femmes Ă©taient trĂšs peu nombreuses Ă  s‘inscrire Ă  ce module. Cela les a encouragĂ© Ă  intĂ©grer un cadre fĂ©ministe Ă  leur Ă©valuation pour remĂ©dier Ă  cette situation, et alors que cela ne figurait pas dans le questionnement Ă©valuatif initial. Pour mieux prendre en compte la diversitĂ© des expĂ©riences des femmes bĂ©nĂ©ficiaires du programme, elles ont complĂ©tĂ© les outils quantitatifs initialement prĂ©vus par une collecte qualitative. C‘est ce qui leur a permis de remettre en cause le statu quo Ă  ce sujet. En effet, les thĂ©rapeutes du programme expliquaient initialement le faible taux d‘inscription constatĂ© par le caractĂšre optionnel du module et ses exigences en matiĂšre de temps, de rĂ©flexion et de travail personnel. Cependant, lâ€˜Ă©valuation a permis de rĂ©vĂ©ler que les femmes Ă©taient peu nombreuses Ă  s‘inscrire car elles dĂ©claraient moins que les hommes les traumatismes qu‘elles avaient vĂ©cus, et ce pour plusieurs raisons : 1) les femmes ne font pas toujours le lien entre leur santĂ© mentale et leur histoire traumatique, 2) la culture rurale des Appalaches rend plus difficile pour les femmes de reconnaĂźtre le fait qu‘elles puissent avoir besoin d‘aide, 3) les thĂ©rapeutes ont tendance Ă  ne considĂ©rer traumatiques que les abus physiques et sexuels. C‘est la rĂ©flexivitĂ© sur la maniĂšre dont les valeurs personnelles des Ă©valuateurs/trices « s‘alignent, s‘entremĂȘlent et/ou entrent en conflit avec les valeurs des principales parties prenantes lorsqu‘elles dĂ©finissent les problĂšmes, identifient les populations cibles, conçoivent les programmes, mesurent les rĂ©sultats et rendent compte des conclusions » qui permet de produire des connaissances capables de gĂ©nĂ©rer du changement.

Finalement, comme le prĂ©cise Jennifer Greene en conclusion, la rĂ©alisation dâ€˜Ă©valuations implique de la part des praticien·nes deux responsabilitĂ©s majeures :

Tout d‘abord, les enquĂȘteurs/trices sont chargé·es dâ€˜Ă©noncer et de transmettre clairement les hypothĂšses, les positions et les valeurs avancĂ©es dans une recherche ou une Ă©valuation donnĂ©e. DeuxiĂšmement, les enquĂȘteurs/trices sont responsables de l‘objectif, de la direction et des utilisations prĂ©vues de la recherche ou de lâ€˜Ă©valuation menĂ©e.

Ainsi, Ă  la question : « Est-il possible de bien prendre en compte le genre dans une Ă©valuation sans se situer dans une approche transformationnelle ? » il semblerait que l‘ouvrage rĂ©ponde par la nĂ©gative. On laissera les lecteurs/rices se faire leur opinion Ă  ce sujet. En attendant, cet ouvrage propose aux Ă©valuateurs/trices dĂ©sireux·ses de contribuer Ă  une plus grande justice sociale de considĂ©rer lâ€˜Ă©valuation fĂ©ministe comme une approche viable et pertinente, notamment lorsque le genre semble ou se rĂ©vĂšle ĂȘtre un enjeu prĂ©gnant. Il reste sans doute Ă  apporter aux praticien·nes de quoi mieux prendre en compte, concrĂštement, les principes de lâ€˜Ă©valuation fĂ©ministe dans leurs pratiques.

Brisolara, S., Seigart, D., & SenGupta, S. (Eds.). (2014). Feminist evaluation and research: Theory and practice. Guilford Publications.

The power and dysfunctions of evaluation systems in international organizations

photo autrice

Comment comprendre l'influence incertaine des Ă©valuations, faiblement utilisĂ©es ou vectrices de changements au sein mĂȘme d'organisations y investissant pourtant des ressources substantielles ? Dans la lignĂ©e d'une thĂšse consacrĂ©e aux enjeux de l'utilisation de l'Ă©valuation Ă  la Banque mondiale, l'article d'Estelle Raimondo (aujourd'hui Ă©valuatrice dans cette mĂȘme Banque) interroge les frustrations des Ă©valuateurs quant Ă  l'utilisation de leurs travaux, en croisant la description des « systĂšmes d'Ă©valuation » contemporains avec une sociologie des institutions internationales.

Ces organes ont historiquement systĂ©matisĂ©, si ce n'est inventĂ©, l'Ă©valuation mainstream contemporaine, nourrissant une tradition de « gestion axĂ©e sur les rĂ©sultats» (Results-based management, RBM) censĂ©e permettre Ă  la fois une reddition de comptes auprĂšs des parties prenantes et un apprentissage continu pour leurs Ă©quipes. En tant que pratique gestionnaire intĂ©ressĂ©e au suivi systĂ©matique de la mise en Ɠuvre effective et efficiente d'une stratĂ©gie, le RBM s'est progressivement imposĂ© dans certaines agences internationales (dont celles de l'ONU ou de la Commission europĂ©enne), visant Ă  imbriquer Ă©valuation et pilotage. Face Ă  ce rĂ©cit idyllique, une abondante littĂ©rature a pointĂ© les effets nĂ©gatifs et les limites d'une recherche de rĂ©sultats ainsi systĂ©matisĂ©e : renforcement des « lois » de Goodhart ou Campbell, privilĂšge donnĂ© aux rĂ©sultats quantifiĂ©s Ă  court terme et oubli d'interrogation sur les valeurs et les principes qui sous-tendent l'action de ces organisations aux objectifs souvent flous (une question que l'Ă©valuateur diligent pourrait pourtant examiner).

Pour Estelle Raimondo, ces controverses autour de l'Ă©valuation dans le RBM prĂ©sentent elles-mĂȘmes des limites :

Pour remĂ©dier Ă  ces Ă©cueils d'analyse, l'autrice s'appuie notamment sur l'idĂ©e de « couplages faibles ». Dans les institutions internationales, on tend Ă  penser qu'il y devrait y avoir un « couplage fort » entre des instruments conçus par le top-management et leur usage opĂ©rationnel. La notion de « couplages faibles » fait le postulat inverse : les organisations humaines sont « cacophoniques » : de nombreuses voix s'expriment en permanence pour faire avancer diffĂ©rents agendas, soutenir ou prĂ©server certaines pratiques, etc. Cela mĂšne Ă  des incohĂ©rences nombreuses entre les objectifs formulĂ©s au plus haut niveau et les routines ou traditions de mise en Ɠuvre des agents. L'Ă©valuation et le RBM sont alors autant de promesses de resserrer la force du couplage entre volontĂ© et action, et c'est pour cela qu'ils sĂ©duisent les commanditaires : ils sont une promesse de contrĂŽle.

L'article propose une typologie des facteurs permettant d'expliquer le succĂšs ou l'Ă©chec du RBM Ă  juguler de tels couplages faibles, en fonction de leur nature ou leur origine.

Tableau 1 - Les facteurs influençant la réussite de l'évaluation et du RBM dans les organisations internationales (adapté de l'article d'E. Raimondo)

Facteurs internes – culturels (normes internes) Facteurs externes – culturels (systùmes politiques internationaux)
Niveau de maturité de la culture du résultat et de l'apprentissage dans l'organisation
Normes bureaucratiques et routines (potentiellement conflictuelles)
Idées, biais, prénotions
Conflit de normes et valeurs entre parties prenantes à l'organisation, définitions divergentes du « succÚs »
Pouvoir symbolique et politique du RBM
Facteurs internes – matĂ©riels (rationalisation interne) Facteurs externes – matĂ©riels (Ă©conomie politique des organisations internationales)
Ressources, temps, personnel dédié à l'évaluation, capacité d'évaluation
Techniques et systĂšmes disponibles
Capacités d'évaluation croisées des commanditaires et parties prenantes
État des « marchĂ©s de l'Ă©valuation »
Incitations financiĂšres et politiques au suivi du RBM

Dans le schéma d'Estelle Raimondo, la trajectoire des institutions internationales a été (i) de répondre à une forte demande des parties prenantes (internes et externes) pour un plus grand couplage entre discours, valeurs et pratiques, contrÎlé par l'évaluation, (ii) ayant entraßné une formalisation importante de la production du savoir par l'évaluation mais (iii) sans que celle-ci s'ancre suffisamment dans les routines et les valeurs des organisations, notamment par incompatibilité entre démarche évaluative (introspection critique
) et besoin pressant de démonstration de résultats. La peur du découplage nourrit le découplage, les agents se mettant à remplir les évaluations comme autant de formalités exemptes d'(auto)critique évaluative.

Cette dĂ©monstration semble pouvoir s'appliquer Ă  de nombreuses autres organisations publiques ou privĂ©es, quand la formalisation de systĂšmes d'Ă©valuations n'entraĂźne pas nĂ©cessairement un apprentissage organisationnel ou de nouvelles lignes de fuite rĂ©flexives. Il pourrait mĂȘme exister une incompatibilitĂ© radicale entre les fonctions Ă©valuatives de redevabilitĂ© et d'apprentissage.

Bien que centré sur des organisations occidentales, et quelque peu oublieux de la littérature francophone sur le sujet (intéressée depuis les années 1980 aux écueils de l'institutionnalisation de l'évaluation), l'article propose une analyse critique rafraßchissante et pose deux questions fondamentales quant à son application à d'autres organisations et configurations :

  1. Assiste-t-on à une colonisation plus générale des organisations et politiques publiques par le discours et les pratiques associées à un RBM « international » ?
  2. Celui-ci peut-il coexister avec une culture de l'évaluation pluraliste, politisée et attentive aux valeurs inhérentes à toute action publique ?

Raimondo E. The power and dysfunctions of evaluation systems in international organizations. Evaluation. 2018 ; 24(1):26-41 doi.

ÉlĂ©ments pour une sociologie de l'Ă©valuation des politiques publiques en France

Jean-Claude Barbier

En 2010, le sociologue Jean-Claude Barbier propose dans cet article une mise en perspective historique et sociologique de la place de l'Ă©valuation en France au niveau de l'État. Une analyse qui reste toujours aussi prĂ©cieuse pour comprendre les Ă©volutions rĂ©centes ou en cours au niveau national.

Jean-Claude Barbier dĂ©crit l'Ă©valuation comme un enjeu relativement rĂ©cent en France, qui s'incarne notamment dans des institutions formelles de l'État au cours des annĂ©es 90. À la suite du rapport Viveret, le Conseil scientifique de l'Ă©valuation (CSE) est crĂ©Ă© en 1990. Le CSE promeut une dĂ©marche d'Ă©valuation pluridisciplinaire et pluraliste, impliquant largement la sociĂ©tĂ© civile. AprĂšs une vingtaine d'Ă©valuations conduites sur la pĂ©riode 1990-1996, et malgrĂ© la poursuite d'efforts ultĂ©rieurs, cette approche tombe progressivement en dĂ©suĂ©tude. En 2002, l'État ne dispose plus d'instance centrale d'Ă©valuation. Une autre dynamique de fonds prend le relais, qui se traduira par la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) en 2001, puis la RĂ©vision gĂ©nĂ©rale des politiques publiques (RGPP) en 2007. Des dĂ©marches qui puisent dans le vocabulaire, ou se disent inspirĂ©es, de l'Ă©valuation, mais en restent cependant trĂšs Ă©loignĂ©es.

Une des premiĂšres raisons avancĂ©es par l'auteur pour expliquer ces Ă©volutions tient aux traits de l'organisation et de l'histoire de l'administration française, qui cherche Ă  prĂ©server son monopole sur les activitĂ©s d'Ă©tudes et d'expertise, et plus largement, sur la dĂ©finition de l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : pas question donc pour les grands corps, de permettre l'ouverture, avec l'Ă©valuation pluraliste, d'une « zone d'autonomie Ă  l'Ă©cart [
] du systĂšme “politico-administratif” ». De leur cĂŽtĂ©, les tenants de l'Ă©valuation ne sont qu'un rĂ©seau d'acteurs parmi d'autres visant Ă  influencer la rĂ©forme de l'État, et ils ne sont pas assez puissants pour maintenir la dynamique lancĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1990.

Au dĂ©but des annĂ©es 2010, on assiste au contraire Ă  une « double “banalisation” » de l'Ă©valuation sous l'influence du new public management – et ses pratiques de conseil en management, contrĂŽle de gestion, comptabilitĂ© et audit proposĂ©es par les grands cabinets internationaux – et du conseil Ă©conomique – basĂ© sur « l'Ă©conomie dominante » et mis en Ɠuvre par des acteurs privilĂ©giĂ©s (Ă©conomistes d'État et universitaires) – venant appuyer les politiques et rĂ©formes menĂ©es dans des domaines toujours plus larges, notamment sur le plan social.

Qu'en est-il depuis ? Le succĂšs observĂ© des mĂ©thodes d'Ă©valuation contrefactuelle Ă  partir de la fin des annĂ©es 2000 ne s'est pas dĂ©menti, et s'est dotĂ© de quelques place-fortes dans la machine Ă©tatique, en particulier France StratĂ©gie, devenue piĂšce centrale de l'Ă©valuation des dispositifs nouveaux de l'État en matiĂšre Ă©conomique et sociale (CICE, loi PACTE, ordonnances travail, fiscalitĂ© du capital
). Mais cette approche de l'Ă©valuation ne s'est nĂ©anmoins pas institutionnalisĂ©e Ă  la hauteur des espĂ©rances de ses promoteurs, les acteurs de l'action publique n'y trouvant pas leur compte en matiĂšre d'apprentissages (voir la thĂšse de A. Devaux-Spatarakis sur ce point).

Par ailleurs, les annĂ©es 2010 ont vu un retournement d'alliance des grands corps, qui ont fait cause commune avec l'Ă©valuation contre la logique managĂ©riale de la RGPP. De 2012 Ă  2017, 80 Ă©valuations menĂ©es par les inspections gĂ©nĂ©rales auront Ă©tĂ© engagĂ©es. Cet effort n'a cependant pas survĂ©cu Ă  la crĂ©ation de la DITP, celle-ci lui prĂ©fĂ©rant l'angle de la performance du service public. Ces Ă©volutions valident a posteriori le constat de Jean-Claude Barbier : aucun rĂ©seau d'influence en faveur de l'Ă©valuation n'est Ă  ce jour assez puissant pour changer durablement les pratiques au niveau de l'État.

Enfin, dans un contexte d'incertitude et de pression sociale certainement plus accrue qu'il y a 10 ans sur le renouvellement des formes de dĂ©mocratie, certaines initiatives portant de nouveaux cadres de dĂ©libĂ©ration (ex. la convention citoyenne pour le climat) ou le retour du portage d'une Ă©valuation pluraliste par des acteurs comme le Conseil d'État seraient-ils des signaux faibles augurant de nouvelles fenĂȘtres d'opportunitĂ© pour une Ă©valuation Ă  forte ambition dĂ©mocratique ?

Barbier, Jean-Claude. 2010. « ÉlĂ©ments pour une sociologie de l'Ă©valuation des politiques publiques en France ». Revue française des affaires sociales (1): 25‑49. lien

On peut aussi aller consulter le numĂ©ro dĂ©diĂ© « Évaluation des politiques publiques sanitaires et sociales » lien (accĂšs libre).

Et aussi...


Ce numĂ©ro 2 a Ă©tĂ© prĂ©parĂ© par Vincent HonorĂ©, NoĂ©mie Lequet, Antonin Thyrard-Durocher et Thomas Delahais avec le soutien d'HĂ©lĂšne Faure. Relire le nÂș0 et le nÂș1. Pour vous abonner, cliquez ici (4 numĂ©ros par an).


  1. Sharon Brisolara est conceptrice de programmes, Ă©valuatrice et coach en design thinking, au sein de l‘entreprise qu‘elle a crĂ©Ă©, Inquiry That Matters. 

  2. Denise Seigart est une universitaire, actuellement directrice de lâ€˜Ă©cole des sciences de la santĂ© et professeur d‘infirmerie Ă  l‘universitĂ© de Pennsylvanie. 

  3. Saumitra SenGupta est un chercheur en psychologie et consultant-Ă©valuateur de programmes en santĂ© mentale. 

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